Qu'est-ce qu'une entorse de la cheville ?#
La cheville est tenue par plusieurs ligaments, des « câbles » qui relient les os entre eux. L'entorse survient quand une torsion étire ces ligaments au-delà de ce qu'ils supportent.
Dans la grande majorité des cas, le pied part vers l'intérieur (on parle d'inversion) et c'est le ligament latéral externe qui est touché, sur la face externe de la cheville. Ce ligament a trois faisceaux. Selon l'Assurance Maladie, l'entorse externe sans fracture représente 90 % des entorses de la cheville (ameli.fr). Les entorses des autres ligaments, sur la face interne ou entre le tibia et le péroné, sont plus rares et souvent plus graves.
C'est l'une des blessures les plus fréquentes du sport. Les sports de pivot et de saut, où l'on change de direction et où l'on retombe sur un pied, sont les plus exposés : football, basket, handball, volley, tennis, trail.
Comment savoir si une entorse est grave ?#
La gravité dépend de l'atteinte du ligament, du simple étirement à la rupture. L'Assurance Maladie distingue trois stades (ameli.fr) :
| Stade | Ce qui arrive au ligament | Ce que l'on ressent, le plus souvent | Reprise du sport, en général |
|---|---|---|---|
| Entorse bénigne (grade 1) | Un faisceau étiré, sans rupture | Douleur et gonflement modérés, la cheville bouge encore | 1 à 3 semaines |
| Entorse moyenne (grade 2) | Un faisceau déchiré, un autre étiré ou partiellement rompu | Douleur intense, gonflement, bleu, appui douloureux ou impossible | 4 à 6 semaines |
| Entorse grave (grade 3) | Rupture totale de deux ou trois faisceaux | Douleur immédiate et violente, cheville instable, gros gonflement | 6 semaines à 3 mois |
Les délais de la dernière colonne sont des repères de l'Assurance Maladie (ameli.fr). Ce n'est pas un compte à rebours : la reprise se décide sur des critères (voir plus bas).
Le premier jour, on se trompe souvent. Quand la cheville est très gonflée, l'examen est difficile. Les recommandations néerlandaises indiquent que la gravité de la lésion s'évalue le plus sûrement par un examen différé, 4 à 5 jours après la torsion (Vuurberg 2018). Le médecin ou le kiné peut donc vous revoir quelques jours plus tard.
Ce qu'il faut écarter avant tout, c'est une fracture. Une radiographie n'est utile que si l'examen la fait suspecter. Les médecins s'appuient sur les règles d'Ottawa : impossibilité de faire 4 pas juste après la torsion et au moment de l'examen, ou douleur à la pression de certains points osseux de la cheville (bord arrière ou pointe d'une malléole, sur ses 6 derniers centimètres) ou du pied (base du 5e métatarsien, os naviculaire) (Stiell 1993, Bachmann 2003). Une IRM ou une échographie est inutile dans la grande majorité des entorses récentes (ameli.fr).
Que faire juste après une entorse ?#
Les premiers gestes au bord du terrain sont détaillés dans notre article sur les bons gestes en cas de blessure sur le terrain. En résumé :
- Arrêtez l'activité. Ne « finissez pas le match » sur une cheville qui vient de se tordre, et ne la strappez pas pour continuer : cela peut masquer une fracture.
- Refroidissez. Une poche de froid enveloppée dans un linge, jamais directement sur la peau, « pendant 20 minutes environ » (ameli.fr). Pas de froid sur une peau insensible (diabète avec perte de sensibilité) ni en cas de maladie de Raynaud. Le froid calme la douleur, il ne soigne pas l'entorse et ne dit rien de sa gravité. Gardez une poche de froid dans la trousse de secours du club.
- Surélevez la jambe et posez une compression douce, sans serrer. Desserrez tout de suite si les orteils deviennent froids, pâles, bleus ou fourmillent.
- Consultez, idéalement dans les 24 heures, un médecin ou un kiné (HAS 2025).
Pour la douleur, ne prenez un médicament que sur avis médical. Les anti-inflammatoires ne sont pas sans risque après une entorse et peuvent freiner la cicatrisation naturelle (Vuurberg 2018).
Quel traitement pour une entorse de la cheville ?#
En avril 2025, la Haute Autorité de santé a publié une recommandation sur l'entorse du ligament latéral externe. Ses messages principaux (HAS 2025) :
- après une torsion avec douleur, gonflement ou gêne, consultez un médecin généraliste ou un kinésithérapeute (en accès direct ou dans le cadre d'un protocole de coopération), idéalement dans les 24 heures. Cette consultation évalue si une rééducation est nécessaire ;
- quand l'entorse est confirmée, la rééducation est le traitement de première intention, à mettre en place rapidement dès le premier épisode et à tout âge, qu'on soit sportif ou non ;
- elle est personnalisée selon les évaluations, et non organisée selon des délais fixés d'avance.
Une courte immobilisation peut soulager la douleur et le gonflement au début. Ensuite, le sportif tire le plus de bénéfice d'une chevillère ou d'un strap associé à un programme d'exercices (Vuurberg 2018). Les exercices supervisés sont préférés aux traitements passifs. La chirurgie est réservée aux chevilles qui restent instables malgré une rééducation complète.
Ce que travaille la rééducation, avec votre kiné :
- la mobilité de la cheville, pour retrouver l'amplitude, en particulier la flexion du pied vers le haut ;
- la force des muscles de la jambe et du pied, notamment les muscles qui ramènent le pied vers l'extérieur (les fibulaires) et le mollet ;
- l'équilibre et la proprioception, c'est-à-dire la capacité du corps à sentir la position de la cheville et à se rattraper ;
- les gestes du sport : course, sauts, réceptions, changements de direction.
Les séances de kinésithérapie sont remboursées par l'Assurance Maladie dans les conditions habituelles. Le kinésithérapeute adapte la progression à votre sport et à votre calendrier.
Quand reprendre le sport après une entorse ?#
On ne reprend pas « quand ça ne fait plus mal ». L'Assurance Maladie donne un premier repère : on peut reprendre quand la cheville n'est plus douloureuse, retrouve une mobilité normale, et qu'on peut prendre appui et sautiller sur le pied blessé (ameli.fr). Demandez l'avis de votre médecin ou de votre kiné avant de reprendre.
La reprise se fait par paliers. Chaque palier doit être toléré, sans douleur qui augmente ni gonflement le lendemain, avant de passer au suivant.
Avant le retour en match, votre kiné vérifie en général :
- l'absence de gonflement après les séances ;
- une mobilité de la cheville proche du côté sain ;
- l'équilibre sur une jambe, yeux ouverts puis fermés ;
- des sauts et des réceptions sur une jambe contrôlés ;
- des changements de direction à vitesse de jeu, sans appréhension.
Le principe est celui de tout retour au jeu après une blessure : chaque étape valide la suivante. Chez l'enfant, la date de reprise se décide avec le médecin qui l'a examiné.
Les erreurs à éviter pendant la reprise#
- Aller trop vite. Le calendrier du club pousse souvent à brûler les étapes. Une récidive coûte plus de matchs qu'une semaine de patience.
- Arrêter la rééducation dès que la douleur passe. La douleur part souvent avant que l'équilibre et la force reviennent.
- Négliger l'échauffement. Un échauffement structuré, avec des sauts et des appuis, prépare la cheville à l'effort. Voir notre routine d'échauffement avant un match.
- Compter sur le strap seul. Il protège pendant la reprise, il ne remplace pas les exercices.
Strap ou chevillère pour la reprise ?#
Pour prévenir une récidive, les recommandations néerlandaises retiennent surtout la chevillère (Vuurberg 2018). Le strap (bande adhésive rigide) reste utile pour un match ou une séance, quand la chevillère gêne ou n'est pas autorisée. Il limite surtout le mouvement de l'entorse, le pied qui bascule vers l'intérieur.
Faites poser votre premier strap par un kinésithérapeute, qui l'adapte à votre entorse et vous montre la pose. Notre article Tout savoir sur le strapping détaille les étapes et les précautions. Le k-tape, très élastique, ne bloque pas la cheville : il ne remplace pas une bande rigide ou une chevillère.
Retirez le strap après l'effort, et tout de suite si les orteils deviennent froids, bleus ou engourdis.
Comment prévenir une entorse de la cheville ?#
Le premier facteur de risque d'entorse, c'est une entorse précédente. Après une entorse mal rééduquée, la cheville peut rester instable : sensation de dérobement, entorses à répétition, et à long terme un risque d'arthrose (ameli.fr).
Travailler la proprioception et l'équilibre. C'est le geste de prévention le mieux étudié. Dans un essai néerlandais mené auprès de 522 sportifs après une entorse, un programme de 8 semaines d'exercices d'équilibre à la maison a fait passer la proportion de récidives dans l'année de 33 % à 22 % (Hupperets 2009). Les exercices types, à faire valider par votre kiné :
- tenir en équilibre sur une jambe, puis les yeux fermés ;
- la même chose sur un support instable (coussin, mousse) ;
- se lancer un ballon en équilibre sur une jambe ;
- sauter d'une jambe sur l'autre et tenir la réception.
Renforcer les muscles de la cheville et de la jambe. Montées sur la pointe des pieds, travail avec un élastique pour ramener le pied vers l'extérieur.
S'échauffer avant chaque séance. Les programmes d'échauffement neuromusculaire, comme le FIFA 11+ au football, réduisent les blessures des membres inférieurs chez les jeunes sportifs (Emery 2015).
Porter des chaussures adaptées. À votre taille, adaptées à votre sport et à la surface, et pas usées sur le bord externe (ameli.fr).
Protéger la cheville à la reprise avec un strap ou une chevillère, sur les conseils de votre kiné.
Pour aller plus loin sur la prévention des blessures dans un club : la prophylaxie sportive.
Pour la reprise : strap, bandes rigides et chevillères au tarif club, et des poches de froid pour le sac de sport.
Votre club organise un match ? Un kiné sur place pour les joueurs.
Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé, seul habilité à poser un diagnostic et à prescrire un traitement.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour reprendre le sport après une entorse de la cheville ?
En général de 1 à 3 semaines pour une entorse bénigne, de 4 à 6 semaines pour une entorse moyenne et de 6 semaines à 3 mois pour une entorse grave, selon l'Assurance Maladie. Ces délais sont des repères. La reprise se décide sur des critères : pas de douleur qui augmente, pas de gonflement, appui et sauts sur le pied blessé, équilibre retrouvé.
Faut-il une radiographie pour une entorse ?
Pas toujours. Elle sert à écarter une fracture quand l'examen la fait suspecter, selon les règles d'Ottawa : impossibilité de faire 4 pas, douleur à la pression de certains points osseux. Chez l'enfant en croissance, l'Assurance Maladie la juge indispensable, car la torsion peut avoir cassé l'os au niveau du cartilage de croissance.
Faut-il voir un kiné pour une entorse légère ?
Faites-la examiner par un médecin ou un kiné, idéalement dans les 24 heures, comme le recommande la HAS depuis 2025. Cette consultation décide si une rééducation est nécessaire. Quand elle l'est, c'est le traitement de première intention, dès la première entorse. Une entorse « légère » mal rééduquée est la porte d'entrée des entorses à répétition.
Peut-on marcher avec une entorse de la cheville ?
Souvent oui, si l'appui est possible et que la douleur le permet, après avis médical. Si vous ne pouvez pas faire 4 pas, faites examiner la cheville le jour même pour écarter une fracture.
Le strap évite-t-il les entorses ?
Il limite le mouvement de l'entorse pendant l'effort, surtout dans les mois qui suivent une entorse. Pour prévenir une récidive au long cours, les recommandations retiennent surtout la chevillère. Il ne remplace pas les exercices d'équilibre et de renforcement, qui traitent la cause.
Sources
- Haute Autorité de santé, Entorse du ligament collatéral latéral (ligament latéral externe) de cheville : diagnostic, rééducation et reprise de l'activité physique et de la pratique sportive, recommandation de bonne pratique, avril 2025
- Assurance Maladie, Entorse de la cheville : causes, stades de gravité et symptômes
- Assurance Maladie, Entorse de la cheville : que faire et quand consulter ?
- Assurance Maladie, Entorse de la cheville : consultation et traitement
- Assurance Maladie, Entorse de la cheville : reprise des activités et évolution
- Vuurberg G et al., Diagnosis, treatment and prevention of ankle sprains: update of an evidence-based clinical guideline, British Journal of Sports Medicine, 2018
- Hupperets MD et al., Effect of unsupervised home based proprioceptive training on recurrences of ankle sprain: randomised controlled trial, BMJ, 2009
- Stiell IG et al., Decision rules for the use of radiography in acute ankle injuries (règles d'Ottawa), JAMA, 1993
- Bachmann LM et al., Accuracy of Ottawa ankle rules to exclude fractures of the ankle and mid-foot: systematic review, BMJ, 2003
- Emery CA et al., Neuromuscular training injury prevention strategies in youth sport: a systematic review and meta-analysis, British Journal of Sports Medicine, 2015
Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé, seul habilité à poser un diagnostic et à prescrire un traitement.



