RCP au bord du terrain : arrêt cardiaque et DAE

Kiné ou soignant en mission sur un match : reconnaître l'arrêt cardiaque d'un sportif, la RCP et le DAE, ce que la loi attend de vous, le DPS et le 15.

7 min de lecture
Au bord d'un terrain de football, une soignante fait un massage cardiaque à un joueur allongé, un défibrillateur ouvert à côté, pendant qu'un coéquipier appelle les secours.

Pourquoi c'est le sujet du soignant de match#

En France, l'arrêt cardiaque lié au sport touche surtout des pratiquants de loisir. Une étude nationale de l'Inserm sur 2005-2010 comptait 4,6 cas par million d'habitants et par an, plus de 90 % pendant une pratique de loisir, avec un âge moyen de 46 ans et 95 % d'hommes (Marijon 2011).

Dans cette étude, 93 % des arrêts avaient un témoin, mais le massage n'avait été commencé par un témoin que dans 30,7 % des cas, et 15,7 % des victimes sortaient vivantes de l'hôpital.

Les choses changent. Entre la première et la dernière période de deux ans étudiées, de 2005 à 2018, la même équipe a vu la survie passer de 23,8 % à 66,7 %, portée par le massage des témoins et l'usage des défibrillateurs publics (Karam 2022). Le nombre d'arrêts, lui, n'a pas baissé : la différence vient des gestes faits sur place.

Arrêt cardiaque lié au sport en France : gestes des témoins et survie
  • Première période (2005)
  • Dernière période (2018)

%

34,9
94,7
Massage commencé par un témoin
1,6
28,8
Défibrillateur public utilisé
23,8
66,7
Survie à la sortie de l'hôpital
Voir les données
Arrêt cardiaque lié au sport en France : gestes des témoins et surviePremière période (2005)Dernière période (2018)
Massage commencé par un témoin34,9 %94,7 %
Défibrillateur public utilisé1,6 %28,8 %
Survie à la sortie de l'hôpital23,8 %66,7 %

Données au 25 janvier 2022 · Source : Karam N. et al., Journal of the American College of Cardiology, 2022

Les arrêts survenus dans une installation sportive ont un meilleur pronostic qu'ailleurs : 22,8 % de survie contre 8 % (Marijon 2015). Les auteurs l'expliquent surtout par les circonstances : un témoin presque toujours présent, un massage plus souvent commencé et des secours plus rapides. Les recommandations européennes attribuent de même la meilleure survie des arrêts liés au sport au témoin, à une réanimation rapide et au défibrillateur (ERC 2025, circonstances particulières).

Reconnaître l'arrêt cardiaque d'un sportif#

Le sportif s'effondre, souvent sans contact. Il ne répond pas et ne respire pas normalement. Trois pièges sont propres au terrain :

  • Il semble respirer. Les recommandations européennes de 2025 demandent de considérer une respiration lente, laborieuse, des gasps ou un halètement comme des signes d'arrêt cardiaque. Un sportif en arrêt pendant l'effort peut paraître respirer fort, les yeux souvent ouverts.
  • Il convulse. Quelques secondes de mouvements qui ressemblent à une crise d'épilepsie peuvent marquer le début de l'arrêt. Quand ils cessent, regardez la respiration.
  • Il a pris un ballon dans la poitrine. Un choc sans pénétration sur le devant du cœur, au mauvais moment du cycle cardiaque, peut déclencher une fibrillation ventriculaire : c'est la commotio cordis. En football, elle est retrouvée dans 9 % des arrêts chez les joueurs de 35 ans et moins, et 79 % des cas viennent d'un ballon reçu dans la poitrine. Selon les recommandations européennes, 40 % des victimes survivent quand la réanimation commence dans les 3 minutes, 5 % au-delà (ERC 2025, circonstances particulières).

La consigne de l'ERC est claire : « en cas de doute, considérez qu'il s'agit d'un arrêt cardiaque et commencez la RCP » (ERC 2025, réanimation de base de l'adulte).

La chaîne de survie au bord du terrain#

La chaîne de survie enseignée en France tient en trois gestes faits au bord du terrain : alerter tôt, masser tôt, défibriller tôt. Viennent ensuite les soins avancés des secours et de l'hôpital (recommandations PSC1).

QuiQuoiLes repères
Le soignant de matchReconnaît l'arrêt et commence le massageTalon de la main au centre de la poitrine, au moins 5 cm sans dépasser 6 cm, 100 à 120 compressions par minute, le moins de pauses possible
Une personne désignée avant le matchAppelle le 15 (ou le 112), en haut-parleurAdresse exacte du terrain, accès pour l'ambulance. Le médecin régulateur du 15 guide et engage les moyens (code de la santé publique, article R6311-2)
Une deuxième personneVa chercher le défibrillateurElle sait où il est, parce que vous l'avez vérifié avant le match
Le soignant, avec un relaisPose le défibrillateur dès qu'il arriveOn continue le massage pendant qu'un autre colle les électrodes. Personne ne touche le joueur pendant l'analyse et le choc
Les secouristes, puis le SMURPrennent le relaisLe soignant donne son bilan et ce qui a été fait, puis suit leurs consignes

Si vous êtes formé aux insufflations, alternez 30 compressions et 2 insufflations. Sinon, massez sans interruption. Les recommandations européennes précisent que le défibrillateur doit être utilisé dès qu'il est disponible, et que tout le monde peut s'en servir.

Relayez-vous toutes les 2 minutes au massage si vous êtes plusieurs, au moment de l'analyse du défibrillateur, comme le prévoient les recommandations PSC1 de la sécurité civile.

Pour un enfant de moins de 25 kg (environ 8 ans), utilisez le mode ou les électrodes enfant si l'appareil en a. Au-delà, pour un adolescent, ou si l'appareil n'a pas de mode enfant, utilisez le mode adulte (ERC 2025, guide grand public). Continuez jusqu'à ce que les secours prennent le relais ou vous demandent d'arrêter.

Ce que la loi attend du kiné en mission#

Trois textes encadrent la situation :

  • Le devoir d'assistance. L'article R4321-60 du code de la santé publique, dans le code de déontologie des masseurs-kinésithérapeutes, dit que le kiné « qui se trouve en présence d'un malade ou d'un blessé en péril […] lui porte assistance ou s'assure qu'il reçoit les soins nécessaires ». L'article 223-6 du code pénal punit, pour tout le monde, l'abstention volontaire de porter assistance à une personne en péril.
  • Les premiers actes en urgence. L'article L4321-1 du même code prévoit qu'« en cas d'urgence et en l'absence d'un médecin, le masseur-kinésithérapeute est habilité à accomplir les premiers actes de soins nécessaires en masso-kinésithérapie ». Il ajoute qu'un compte rendu des actes accomplis est remis au médecin dès son intervention. Le massage cardiaque et le défibrillateur ne relèvent pas de cet article : toute personne peut et doit les faire.
  • La formation. L'attestation de formation aux gestes et soins d'urgence de niveau 2 (AFGSU 2) est destinée aux professionnels de santé de la quatrième partie du code de la santé publique, dont les kinés. Elle porte sur l'identification et la prise en charge d'une urgence médicale « dans l'attente de l'arrivée de l'équipe médicale spécialisée ». Elle est valable quatre ans, puis se renouvelle par une formation de sept heures (arrêté du 30 décembre 2014, modifié par l'arrêté du 1er juillet 2019).

Concrètement, le kiné de match fait les gestes de base : massage, défibrillateur, alerte, surveillance. Il ne donne pas de médicament et n'a pas à improviser un geste qu'il ne maîtrise pas. Les soins avancés appartiennent au SMUR.

Se coordonner avec les secouristes et le DPS#

Sur un tournoi, un dispositif prévisionnel de secours (DPS) peut être en place. Seules les associations agréées de sécurité civile peuvent le tenir (arrêté du 7 novembre 2006). Le kiné ou le médecin réservé pour les joueurs ne compte pas parmi les secouristes du DPS et ne permet pas d'en réduire la taille. Voir Organiser un événement sportif : DPS et staff médical.

Les rôles se complètent. Les secouristes s'occupent d'abord du public et transmettent leur bilan au 15. Le soignant de match s'occupe des joueurs. Le jour d'un arrêt cardiaque sur le terrain :

  1. Le premier qui reconnaît l'arrêt commence le massage. Le soignant de match est souvent le plus près.
  2. Faites prévenir le poste de secours tout de suite, en même temps que le 15. Les secouristes arrivent avec leur matériel et peuvent prendre les relais au massage.
  3. À leur arrivée, présentez-vous et donnez votre bilan : heure de l'effondrement, début du massage, nombre de chocs. Continuez le geste en cours jusqu'à ce qu'ils prennent le relais.
  4. Suivez ensuite les consignes du chef d'équipe, puis du médecin du SMUR.
  5. Écrivez ce que vous avez fait et remettez-le au médecin, comme le prévoit le code de la santé publique.

Avant le coup d'envoi#

  • Repérez le défibrillateur le plus proche du terrain, vérifiez qu'il est accessible ce jour-là, et estimez le temps pour l'apporter. La carte nationale Geo'DAE recense les appareils déclarés.
  • Désignez avec l'entraîneur ou l'organisateur qui appelle le 15 et qui va chercher le défibrillateur.
  • Notez l'adresse exacte du terrain et l'entrée pour l'ambulance.
  • S'il y a un poste de secours, allez vous présenter au chef de poste et échangez vos numéros.
  • Vérifiez la trousse du club. Voir Trousse de secours d'un club de sport.

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Ce que touche un kiné en mission : Combien coûte un kiné ou un médecin pour un match ?

Questions fréquentes

Le kiné de match doit-il faire le massage cardiaque ?

Le code de déontologie lui demande de porter assistance à un blessé en péril. Face à un arrêt cardiaque, cela veut dire masser, faire alerter et défibriller jusqu'au relais des secours.

Faut-il faire les insufflations ?

Seulement si vous êtes formé. Sinon, massez sans interruption : les recommandations européennes de 2025 retiennent le massage seul pour qui ne sait pas insuffler.

Quelle profondeur et quel rythme pour le massage cardiaque ?

Au moins 5 cm sans dépasser 6 cm, 100 à 120 compressions par minute, en laissant la poitrine remonter et en limitant les pauses.

L'AFGSU est-elle valable à vie ?

Non. L'AFGSU de niveau 2 est valable quatre ans, puis se renouvelle par une formation de sept heures.

Le kiné peut-il remplacer le poste de secours d'un tournoi ?

Non. Seule une association agréée de sécurité civile tient un DPS. Le kiné s'occupe des joueurs, en plus des secouristes.

Qui décide de l'évacuation du joueur ?

Le médecin régulateur du 15 et l'équipe médicale qu'il envoie. Le soignant de match leur transmet son bilan.

Que faire après l'intervention ?

Rédigez ce que vous avez fait, avec les heures, et remettez-le au médecin. Signalez aussi au club que le défibrillateur doit être remis en état (électrodes neuves).

Sources

Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé, seul habilité à poser un diagnostic et à prescrire un traitement.

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