Commotion cérébrale : symptômes et protocole

Commotion cérébrale dans le sport : les signes à repérer sur le terrain, sortir le joueur au moindre doute, protocoles FFR et FFF, délais et étapes de reprise.

10 min de lecture
Au bord d'un terrain de rugby, une soignante agenouillée montre deux doigts à un joueur assis dans l'herbe, sorti du match après un choc à la tête.

Qu'est-ce qu'une commotion cérébrale ?#

Le ministère des Sports la définit comme « un traumatisme du cerveau à la suite d'un coup à la tête ou d'un déplacement rapide et inattendu de la tête, entraînant une modification soudaine et transitoire de son fonctionnement » (recommandations de mars 2024).

Le choc n'a pas besoin d'être sur la tête. Un placage, une chute sur le dos ou une collision peuvent suffire, si la tête est secouée.

Les professionnels de santé parlent de traumatisme crânien léger. « Léger » ne veut pas dire sans danger : un joueur qui reprend trop tôt s'expose à des symptômes qui durent et à d'autres blessures.

La commotion touche tous les sports de contact et de chute : rugby, football, handball, sports de combat, cyclisme, sports d'hiver. Pour l'Académie nationale de médecine, les commotions liées au sport « peuvent poser un vrai problème de santé publique, surtout chez les amateurs et pratiquants de loisir » (rapport de février 2025).

Comment reconnaître une commotion sur le terrain ?#

Les signes peuvent apparaître tout de suite ou quelques minutes à quelques heures après le choc. Un joueur commotionné ne s'en rend pas toujours compte, parce que son jugement est touché. C'est donc à l'entourage de regarder.

Ce que vous voyezCe que le joueur dit ressentir
Il reste au sol sans bouger, ou se relève lentementMal à la tête, tête lourde
Il tient mal debout, titube, perd l'équilibreVertiges, étourdissements
Regard vide, il semble « absent »Se sent confus, sonné, « dans le brouillard »
Il ne sait plus le score, l'adversaire ou ce qui s'est passéNausées
Il répond lentement ou à côtéVision trouble, gêne à la lumière ou au bruit
Il se tient la tête, il a une blessure au visageSe sent ralenti, a du mal à se concentrer
Crise convulsive, perte de connaissancePlus émotif, plus irritable que d'habitude

Ces signes reprennent les tableaux du ministère des Sports et l'outil international de repérage CRT6 (Concussion Recognition Tool 6), conçu pour les entraîneurs, les parents et les joueurs, sans formation médicale.

Que faire tout de suite ? En cas de doute, sortir le joueur#

Le premier principe des recommandations françaises est « l'arrêt immédiat de l'exposition au risque, non-retour au sport le même jour et mise au repos ». Le texte ajoute : « Toute personne identifiant une commotion cérébrale se doit de la signaler aux personnes habilitées à suspendre la pratique (arbitres, officiels des compétitions, entraineurs…) ».

  1. Arrêtez le jeu et protégez le joueur. S'il est au sol, ne le relevez pas et ne le déplacez pas s'il a mal au cou, s'il ne répond pas normalement ou s'il a perdu connaissance. Appelez le 15. S'il ne répond pas et ne respire pas normalement, commencez le massage cardiaque et faites apporter le défibrillateur. S'il ne répond pas mais respire, laissez-le sur le dos, la tête maintenue dans l'axe, et surveillez sa respiration jusqu'à l'arrivée des secours.
  2. Sortez-le du terrain s'il est conscient, n'a pas mal au cou et se relève sans aide. Il ne revient pas dans le match, même s'il dit aller bien.
  3. Ne le laissez pas seul. Un adulte reste avec lui et surveille les signes d'aggravation (encadré ci-dessous).
  4. Faites-le voir par un médecin, le jour même si possible. Le ministère précise que le diagnostic de commotion et l'autorisation de reprise « sont des actes médicaux ».
  5. Il ne conduit pas. Il ne rentre pas seul, ne boit pas d'alcool, et passe la nuit avec quelqu'un qui peut le réveiller.

Un kiné présent au match peut repérer la commotion, sortir le joueur et organiser la suite. Il ne pose pas le diagnostic et n'autorise pas la reprise : c'est le rôle du médecin. Voir Staff médical d'un club amateur et Blessure sur le terrain : les bons gestes.

Les protocoles des fédérations : rugby et football#

Les recommandations du ministère rappellent que « la plupart des fédérations sportives fournissent un tel programme de reprise par paliers adapté à chaque pratique et qu'il est recommandé de suivre ». Lisez celui de votre fédération : il peut être plus strict que les délais généraux.

Rugby (FFR) : le carton bleu#

En rugby amateur, la Fédération française de rugby a créé le carton bleu. Il est « donné à un joueur ou une joueuse lorsqu'un arbitre détecte un ou plusieurs signes évidents de commotion cérébrale ou suspecte une commotion » (FFR, novembre 2023). Il s'applique aux compétitions fédérales et régionales depuis la saison 2019-2020.

Le carton bleu entraîne la sortie définitive du terrain et le blocage de la licence à partir du lendemain. Le joueur suit ensuite le programme de reprise du jeu de la FFR, en six phases, avec des dates minimales de reprise du contact et du jeu, et ne reprend le contact qu'« après autorisation médicale ». Un médecin signe le formulaire de retour au jeu, et si le joueur a déjà eu une ou deux autres commotions dans les 12 derniers mois, un avis neurologique favorable est obligatoire (FFR, commotions cérébrales).

La fiche de consignes remise au joueur demande de ne pas quitter le stade seul, de ne pas conduire jusqu'au lendemain, de voir un médecin « si possible dans les 3h » et impose 48 heures de repos sans sport (fiche conseil FFR, avril 2026).

Situation (programme FFR 2026-2027)Moins de 19 ans19 ans et plus
Entraînement sans contact, si aucun symptômeÀ partir du 4e jourÀ partir du 4e jour
Entraînement avec contact, après avis médicalÀ partir du 18e jourÀ partir du 11e jour
Retour au jeu, sans commotion dans les 12 derniers moisÀ partir du 23e jourÀ partir du 21e jour
Retour au jeu, 1 commotion dans les 12 derniers moisÀ partir du 42e jourÀ partir du 21e jour
Retour au jeu, 2 commotions dans les 12 derniers moisÀ partir du 180e jourÀ partir du 90e jour

Source : programme de reprise du jeu de la FFR. En Nationale et en Elite 1 féminine, une reprise à partir du 12e jour est possible pour un adulte sans commotion dans les 12 derniers mois, sous conditions (médecin formé présent le jour du match, consultation d'un spécialiste de la commotion).

Football (FFF) : pas de carton bleu en amateur#

En football, les règles du jeu de l'IFAB permettent aux compétitions qui le choisissent un remplacement permanent pour commotion. Chaque équipe peut en faire un par match, en plus des remplacements habituels, et le joueur remplacé « n'est pas autorisé à reprendre part au match » (IFAB, lois du jeu).

Pour le football amateur, la Fédération française de football publie une fiche « conduite à tenir » : ne jamais laisser le joueur seul, ne pas le laisser conduire, une reprise en six paliers de 24 heures chacun sans symptôme, et pas de retour avant 3 semaines chez les moins de 20 ans (FFF, conduite à tenir et fiche santé). Nous n'avons pas trouvé de règle qui oblige l'arbitre à sortir le joueur, comme le carton bleu du rugby. La décision revient donc à l'encadrement, et la règle du doute s'applique.

En handball, en basket ou dans un autre sport, demandez à votre ligue le protocole en vigueur. À défaut, appliquez les recommandations du ministère.

Combien de temps avant de rejouer ?#

Les recommandations du ministère des Sports fixent des délais minimaux sans « exposition au risque », c'est-à-dire sans contact, sans compétition et sans activité où la tête peut prendre un choc :

  • adulte : au minimum 10 jours, donc pas de compétition le week-end suivant ;
  • enfant et adolescent jusqu'à 18 ans : au minimum 2 semaines, donc pas de compétition les deux week-ends suivants ;
  • une semaine de plus, au minimum, après plus de cinq commotions, une commotion de moins de 3 mois, une récupération précédente de plus d'un mois, des chocs de plus en plus faibles qui déclenchent des symptômes, ou si le sportif exprime de la crainte.
Délai minimal sans contact après une commotion
  • Cas général
  • Avec un facteur de risque

jours

10
17
Adulte
14
21
Enfant et adolescent
Voir les données
Délai minimal sans contact après une commotionCas généralAvec un facteur de risque
Adulte10 jours17 jours
Enfant et adolescent14 jours21 jours

Données au 1 mars 2024 · Source : Ministère des Sports, Prise en charge de la commotion cérébrale, mars 2024

Ces délais sont des minimums, pas des dates de retour, et le règlement de votre fédération peut être plus strict : en rugby amateur, un adulte ne rejoue en général pas avant le 21e jour.

La reprise du contact n'est possible qu'après la disparition de tous les symptômes, sans médicament, un examen neurologique normal et un programme de reprise progressive. Chez l'enfant et l'adolescent, l'école reprend normalement avant le sport. Chez l'adulte, le travail reprend avant le sport.

Les étapes de la reprise après une commotion#

Le ministère des Sports reprend les six paliers du consensus international d'Amsterdam (Patricios 2023). Le ministère prévoit des paliers de 24 à 48 heures (le consensus d'Amsterdam fixe un minimum de 24 heures par palier), et on ne passe au suivant que si le sportif n'a eu aucun symptôme au palier précédent.

PalierObjectifExemples
1. Activité limitéeReprendre la vie quotidienneMarcher, travail ou école sans aggraver les symptômes
2. Exercice aérobie légerAugmenter le rythme cardiaqueMarche ou vélo à rythme lent ou modéré, sans musculation
3. Exercices spécifiques au sportAjouter les mouvementsCourse, exercices techniques, aucun risque de choc à la tête
4. Entraînement sans contactCoordination, réflexionExercices plus intenses (passes), reprise progressive de la musculation
5. Entraînement avec contactRetrouver la confianceSeulement après autorisation médicale, entraînement normal
6. Retour à la compétitionJeu normal

Les premiers jours, le repos est relatif : le ministère conseille une activité physique légère dès les premières 24 heures, sans transpiration ni essoufflement, comme marcher tranquillement. Les activités physiques et intellectuelles intenses (sport, longues heures d'écran, journée de cours ou de travail complète) sont déconseillées pendant au moins 48 heures.

Une activité doit être arrêtée si les symptômes augmentent de plus de 2 points sur une échelle de 0 à 10 par rapport au début de l'exercice.

Pour la suite de la reprise, voir Return to play : le suivi de l'athlète.

Prévenir les commotions dans un club#

  • Former l'encadrement. L'Académie nationale de médecine recommande une formation obligatoire au CRT6 pour tous les cadres sportifs qui ne sont pas professionnels de santé.
  • Afficher la règle. « Au moindre doute, il sort » doit être connu des entraîneurs, des arbitres, des joueurs et des parents avant le premier match.
  • Faire un échauffement neuromusculaire. Selon le ministère, un programme d'échauffement neuromusculaire fait au moins 3 fois par semaine réduit le nombre de commotions, comme celui des autres blessures. Voir Échauffement avant un match de foot.
  • Porter un protège-dents. Son usage est associé à 28 % de commotions en moins, et le ministère le recommande « fortement » dans les sports de collision ou de chute.
  • Renforcer le cou. L'Académie de médecine demande de sensibiliser les entraîneurs au renforcement des muscles qui tiennent la tête, dans les sports à risque.
  • Prévoir qui appelle le 15 et où se trouve la fiche d'alerte du club. Voir Trousse de secours d'un club de sport.

Un kiné au bord du terrain pour repérer les chocs à la tête ? Publiez la mission, les kinés autour du stade sont prévenus. Trouver un kiné pour votre prochain match

Questions fréquentes

Peut-on avoir une commotion sans perdre connaissance ?

Oui, c'est même le cas le plus fréquent. Le ministère des Sports indique que la perte de connaissance survient dans moins de 15 % des cas et n'est pas nécessaire au diagnostic.

Un joueur peut-il reprendre le match s'il se sent mieux ?

Non. Au moindre doute, il ne reprend pas le jour même, même si les symptômes ont disparu. Les signes peuvent apparaître ou s'aggraver plusieurs heures après.

Qui décide de la reprise après une commotion ?

Le médecin. Le diagnostic de commotion et l'autorisation de reprise du contact sont des actes médicaux, après un programme de reprise par paliers.

Combien de temps dure une commotion cérébrale ?

Le plus souvent quelques jours à quelques semaines. Au-delà d'un mois, on parle de syndrome commotionnel persistant, qui demande un avis spécialisé.

Faut-il réveiller la personne la nuit après une commotion ?

Le ministère des Sports recommande qu'elle ne dorme pas seule. La personne qui reste avec elle passe la voir une heure après l'endormissement et la réveille doucement jusqu'à obtenir une réponse claire. Au moindre doute, appelez le 15.

Les enfants récupèrent-ils plus vite ?

Pas forcément. Les recommandations françaises imposent un délai plus long chez l'enfant et l'adolescent, au minimum 2 semaines sans contact, et la reprise de l'école passe avant celle du sport.

Peut-on prendre un médicament contre le mal de tête ?

Demandez au médecin qui examine le joueur. Les recommandations demandent d'éviter les médicaments qui modifient la vigilance, et de ne pas boire d'alcool pendant au moins 72 heures, et tant que les symptômes persistent.

Sources

Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé, seul habilité à poser un diagnostic et à prescrire un traitement.

Trouver un kiné pour votre prochain match

Tries trouve pour votre club le kiné, l’ostéopathe ou le médecin qu’il faut à vos compétitions et à vos entraînements. Un cadre défini avant la mission, des deux côtés.