Qu'est-ce que le syndrome rotulien, ou syndrome fémoro-patellaire ?#
Le genou a deux articulations. La première relie le fémur au tibia. La seconde, l'articulation fémoro-patellaire, relie la rotule (la patella) à la gorge du fémur, dans laquelle elle glisse quand le genou plie et se tend. Le syndrome rotulien est une douleur de cette seconde articulation.
Les noms varient selon les cabinets : syndrome rotulien, syndrome fémoro-patellaire, syndrome douloureux fémoro-patellaire, et en anglais « patellofemoral pain ». Ils désignent la même chose. Le terme « chondromalacie rotulienne », encore entendu, est un ancien synonyme (Crossley 2016, consensus de Manchester, partie 1).
C'est l'une des causes les plus fréquentes de douleur du genou chez l'adolescent et l'adulte jeune sportif. Elle touche environ deux fois plus de femmes que d'hommes (Boling 2010).
La plupart des patients s'améliorent avec un programme d'exercices bien suivi, mais la guérison prend du temps et la douleur revient souvent (voir les chiffres plus bas).
Quels sont les symptômes du syndrome rotulien ?#
La douleur siège à l'avant du genou, souvent diffuse, « autour » ou « derrière » la rotule. Le patient la montre avec la main à plat plutôt qu'avec un doigt. Elle apparaît ou augmente :
- dans les escaliers ;
- en position accroupie ou à genoux ;
- en course, surtout en descente ;
- dans les sauts et les réceptions ;
- après une longue position assise genou plié, au cinéma, en voiture ou en avion. C'est le « signe du cinéma » : le besoin d'étendre la jambe pour soulager.
D'autres sensations sont fréquentes : craquements, impression de genou qui « lâche » une fraction de seconde, raideur au lever. Les craquements seuls ne sont pas un signe de gravité. Beaucoup de genoux sans douleur craquent.
Ce qu'on ne trouve pas, en principe : un genou qui gonfle, un genou bloqué qu'on ne peut plus tendre, une douleur apparue après un choc ou une torsion, une douleur qui réveille la nuit. Ces signes orientent vers autre chose et justifient une consultation médicale (voir l'encadré « Allez aux urgences si… » plus bas).
Syndrome rotulien ou autre douleur du genou ?#
Plusieurs blessures donnent mal à l'avant du genou. Ce tableau aide à s'orienter. Il ne remplace pas l'examen.
| Ce que vous ressentez | Piste probable |
|---|---|
| Douleur diffuse autour de la rotule, pire dans les escaliers et après une longue position assise | Syndrome rotulien (fémoro-patellaire) |
| Douleur précise à la pointe basse de la rotule, sur le tendon, pire dans les sauts | Tendinopathie patellaire (genou du sauteur) |
| Douleur et bosse sous le genou, sur le tibia, chez un enfant ou un adolescent en croissance | Maladie d'Osgood-Schlatter |
| Douleur sur le côté du genou après une torsion, gonflement, blocage | Lésion du ménisque |
| Genou qui se dérobe après un choc ou un pivot, gonflement rapide | Lésion ligamentaire, dont les ligaments croisés |
| Rotule sortie de sa place puis revenue, douleur vive | Luxation de la rotule |
| Douleur à la pointe basse de la rotule chez un enfant en croissance | Maladie de Sinding-Larsen-Johansson (proche de l'Osgood-Schlatter) |
| Adolescent, genou qui gonfle, se bloque ou accroche, douleur mal localisée | Ostéochondrite disséquante, à confirmer par un médecin |
| Enfant ou adolescent qui boite, douleur du genou ou de la cuisse sans cause au genou | Maladie de la hanche (épiphysiolyse fémorale supérieure) : avis médical le jour même |
| Bosse molle et gonflée devant la rotule, après des appuis à genoux | Bursite prérotulienne |
| Douleur sur la face externe du genou chez le coureur, qui revient au même kilométrage | Syndrome de la bandelette ilio-tibiale (essuie-glace) |
| Après 50 ans, raideur au lever, gonflements répétés | Arthrose du genou |
La confusion la plus fréquente se fait avec la tendinopathie patellaire. Le tendon fait mal à un point précis et surtout à l'effort. Le syndrome rotulien fait mal sur une zone plus large et aussi au repos genou plié.
Une douleur qui part du bas du dos ou de l'aine et descend sur le devant de la cuisse jusqu'au genou vient plutôt d'un nerf : c'est une cruralgie.
Le syndrome rotulien est un diagnostic qu'un médecin ou un kiné pose après avoir écarté ces autres causes. Si votre douleur ne colle pas au tableau de la première ligne, ne suivez pas ce programme seul.
Pourquoi le genou devient-il douloureux ?#
Dans la grande majorité des cas, il n'y a pas une cause unique. La douleur apparaît quand la charge appliquée sur l'articulation dépasse ce qu'elle tolère à ce moment-là. Plusieurs facteurs y contribuent :
- Une hausse rapide de l'entraînement. Reprise de la course, stage, plus de séances de sauts, changement de surface. La gestion de la charge d'entraînement est un levier à vérifier en premier.
- Une faiblesse de la cuisse. Un quadriceps moins fort est le facteur de risque le mieux établi par les études qui suivent des sportifs avant l'apparition de la douleur (Neal 2019). Une hanche faible se retrouve souvent chez les patients qui ont déjà mal, mais ces mêmes études ne montrent pas qu'elle annonce la douleur. Son renforcement reste une partie du traitement.
- Les sports à flexion du genou sous charge. Course, sports de saut, sports collectifs, ski, randonnée en descente.
- Le poids corporel augmente la charge à chaque appui. Les études qui suivent des sportifs dans le temps ne le retrouvent pourtant pas comme facteur de risque du syndrome rotulien, pas plus que la taille ou l'indice de masse corporelle (Neal 2019).
La forme de la rotule ou du pied joue parfois un rôle, mais elle n'explique pas à elle seule pourquoi un genou fait mal aujourd'hui et pas l'an dernier.
Quels exercices faire pour le syndrome rotulien ?#
Le renforcement est le traitement le mieux étayé. Les recommandations internationales conseillent d'associer des exercices pour la hanche et des exercices pour le genou, plutôt que des exercices du genou seuls (Crossley 2016, Collins 2018).
Voici les familles d'exercices les plus utilisées. Ce programme est à adapter avec un kinésithérapeute : il choisit les variantes, les séries, les charges et la progression après l'examen. Il s'adresse à un adulte ou un adolescent dont le diagnostic a été posé, pas à un enfant qui boite.
Pour la hanche.
- Abduction couché sur le côté : jambe du dessus tendue, montez-la lentement sans rouler le bassin vers l'arrière.
- Pont fessier, sur deux jambes puis sur une jambe.
- Marche latérale avec un élastique autour des genoux ou des chevilles.
- « Clamshell » : couché sur le côté, genoux pliés, ouvrez le genou du dessus sans décoller les pieds.
Pour le genou.
- Contraction statique du quadriceps : jambe tendue, serrez la cuisse quelques secondes sans bouger, puis relâchez. Utile quand le genou est très douloureux.
- Extension de jambe assis, sur une amplitude qui ne fait pas mal.
- Presse ou squat sur une amplitude réduite qui ne fait pas mal, puis plus profonde à mesure que la douleur diminue.
- Descente de marche contrôlée (« step down ») sur une marche basse : le genou reste aligné avec le deuxième orteil.
La progression. Faites les exercices lentement et régulièrement. Quand ils deviennent faciles, augmentez un seul paramètre à la fois, avec l'accord de votre kiné : un peu de charge (élastique plus dur, sac à dos), ou un peu plus d'amplitude, ou le passage à une jambe.
Quand arrêter. Arrêtez l'exercice et demandez l'avis de votre kiné ou de votre médecin si la douleur devient vive, si elle augmente de séance en séance malgré la baisse de charge, si le genou gonfle dans les heures qui suivent, ou s'il se bloque ou se dérobe.
Les étirements du quadriceps, des ischio-jambiers et du mollet peuvent compléter le programme. Seuls, ils ne suffisent pas.
Quel traitement pour un syndrome rotulien ?#
La prise en charge est presque toujours conservatrice, c'est-à-dire sans chirurgie. Elle repose sur quatre éléments :
- Comprendre et ajuster la charge. Réduire temporairement ce qui fait mal (descentes, sauts, squats profonds, volume de course) sans arrêter toute activité. Le vélo bien réglé et la natation sont souvent bien tolérés.
- Le renforcement, décrit plus haut, poursuivi sur plusieurs semaines avec votre kiné.
- Des aides à court terme. Un taping de la rotule, posé par un kiné ou appris avec lui, peut être utilisé au début de la rééducation pour diminuer la douleur et rendre les exercices possibles (Willy 2019). Évitez-le en cas d'allergie connue aux adhésifs, de plaie ou de peau fragile, et retirez-le si la peau démange ou rougit. Le consensus international de 2018 juge toutefois son intérêt incertain (Collins 2018). Des semelles préfabriquées peuvent soulager à court terme (Crossley 2016), surtout quand le pied s'affaisse vers l'intérieur. Ces aides accompagnent le renforcement, elles ne le remplacent pas.
- Le froid peut soulager ponctuellement une douleur après l'effort : une poche de froid enveloppée dans un linge, jamais directement sur la peau. Ne l'utilisez pas sur une peau qui sent mal le froid ou le chaud (diabète avec perte de sensibilité, maladie de Raynaud). Les recommandations américaines de 2019 déconseillent en revanche la cryothérapie, comme les ultrasons ou l'électrothérapie, en tant que traitement du syndrome rotulien (Willy 2019).
Les traitements passifs utilisés seuls (massages, ultrasons, électrothérapie) n'ont pas montré d'intérêt durable. Les médicaments contre la douleur, anti-inflammatoires compris, ne traitent pas la cause : n'en prenez que sur avis médical.
Le kinésithérapeute du sport a un rôle central : il examine le genou, la hanche et le pied, écarte les autres causes, construit la progression et adapte l'entraînement au calendrier du sportif.
En France, les séances sont prises en charge par l'Assurance Maladie sur prescription médicale. L'accès direct au kiné sans prescription existe dans certaines structures d'exercice coordonné.
Combien de temps dure un syndrome rotulien ?#
C'est la question qui revient le plus, et la réponse demande de la patience. L'amélioration se compte en semaines d'exercices réguliers, et votre kiné fait le point avec vous au fil des séances. Les études qui suivent des patients dans le temps donnent ces repères :
| Délai | Ce que montrent les études |
|---|---|
| À un an | Environ 4 patients sur 10 jugent leur récupération défavorable (Collins 2013) |
| 5 à 8 ans après | 57 % des 60 patients revus dans une cohorte jugent leur récupération défavorable (Lankhorst 2016) |
Ces chiffres ne sont pas une fatalité. Une douleur ancienne et très intense au départ est associée à une guérison plus lente (Collins 2013). En pratique, arrêter les exercices dès la première amélioration ou reprendre trop vite exposent à une rechute. Demandez à votre kiné comment garder un peu de renforcement après la guérison.
Quand reprendre le sport avec un syndrome rotulien ?#
On ne reprend pas « quand ça ne fait plus mal du tout ». On reprend par paliers, quand le genou tolère chaque palier. Votre kiné vérifie avec vous notamment :
- une gêne légère au plus pendant l'activité, revenue au niveau habituel le lendemain matin ;
- la descente d'escaliers et le squat à une jambe sans douleur importante ;
- la force de la cuisse et de la hanche, comparée au côté sain ;
- des sauts et des réceptions sur une jambe contrôlés ;
- l'absence de gonflement du genou après les séances.
Chez un enfant ou un adolescent, la date de reprise se décide avec le médecin qui l'a examiné.
La reprise commence par les gestes les moins exigeants (course en ligne droite sur le plat, entraînement sans contact) puis ajoute les descentes, les sauts, les changements de direction et enfin le match. Le principe est celui de tout retour au jeu après une blessure : chaque étape valide la suivante.
Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé, seul habilité à poser un diagnostic et à prescrire un traitement.
Questions fréquentes
Syndrome rotulien et syndrome fémoro-patellaire, est-ce la même chose ?
Oui. La rotule s'appelle aussi la patella, et l'articulation concernée relie le fémur à la patella, d'où « fémoro-patellaire ». Les deux noms désignent la même douleur de l'avant du genou.
Peut-on continuer le sport avec un syndrome rotulien ?
Souvent oui, en réduisant ce qui déclenche la douleur. La règle est la même que pour les exercices : une gêne légère pendant l'effort, revenue à son niveau habituel le lendemain matin, peut être acceptable. Si la douleur augmente, diminuez le volume ou remplacez temporairement l'activité, et parlez-en à votre kiné. Si vous boitez, si le genou gonfle ou se dérobe, arrêtez et consultez.
Faut-il porter une genouillère ?
Non, en règle générale. Les recommandations américaines de 2019 déconseillent de prescrire une genouillère, un manchon ou une attelle pour le syndrome rotulien (Willy 2019). Un strapping de la rotule peut en revanche aider au début de la rééducation à faire les exercices avec moins de douleur. Ce n'est pas un traitement de fond. Demandez à votre kiné de vous montrer la pose d'un strapping adapté.
Le syndrome rotulien peut-il abîmer le cartilage ?
Le syndrome rotulien est une douleur sans lésion visible dans la plupart des cas. Le lien avec l'arthrose fémoro-patellaire à long terme est discuté par les chercheurs, sans conclusion ferme. Aucune étude n'a montré qu'un traitement protège le cartilage à long terme. Le renforcement reste le traitement recommandé pour la douleur.
Faut-il faire une IRM ?
Rarement. Le diagnostic repose sur l'interrogatoire et l'examen. L'imagerie sert à écarter une autre cause quand un signe d'alerte est présent ou quand la douleur ne s'améliore pas malgré un traitement bien conduit.
Sources
- Crossley KM et al., 2016 Patellofemoral pain consensus statement from the 4th International Patellofemoral Pain Research Retreat, Manchester. Part 1: terminology, definitions, clinical examination, natural history, patellofemoral osteoarthritis and patient-reported outcome measures, British Journal of Sports Medicine, 2016
- Crossley KM et al., 2016 Patellofemoral pain consensus statement from the 4th International Patellofemoral Pain Research Retreat, Manchester. Part 2: recommended physical interventions, British Journal of Sports Medicine, 2016
- Willy RW et al., Patellofemoral Pain: Clinical Practice Guidelines, Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2019
- Collins NJ et al., 2018 Consensus statement on exercise therapy and physical interventions (orthoses, taping and manual therapy) to treat patellofemoral pain, British Journal of Sports Medicine, 2018
- Lankhorst NE et al., Factors that predict a poor outcome 5-8 years after the diagnosis of patellofemoral pain, British Journal of Sports Medicine, 2016
- Collins NJ et al., Prognostic factors for patellofemoral pain: a multicentre observational analysis, British Journal of Sports Medicine, 2013
- Neal BS et al., Risk factors for patellofemoral pain: a systematic review and meta-analysis, British Journal of Sports Medicine, 2019
- Boling M et al., Gender differences in the incidence and prevalence of patellofemoral pain syndrome, Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, 2010
- Gaitonde DY et al., Patellofemoral Pain Syndrome, StatPearls, NCBI Bookshelf
- Manuel MSD, version pour professionnels de santé, Épiphysiolyse de la tête fémorale
- Santé.fr, L'accès direct aux masseurs-kinésithérapeutes
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